“La Revolution est sur la Piste de Danse” – Entres Elles Magazine – Feb 2012

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La Révolution est sur la Piste de Danse

par: Shawn Thompson, pour Entres Elles Magazine

Dans les coulisses de la scène queer montréalaise s’active Laura Boo, 31 ans. Du haut de ses 5 pieds 1 pouce, la jeune femme d’origine lavalloise compte à son actif la mise en œuvre d’une tonne de projets – à commencer par les soirées POMPe qui ont fêté leur premier anniversaire en janvier.

Armée seulement de sa philosophie punk rock du Do-It-Youself (Fais-le toi-même), Laura Boo est de celles qui s’oublient dans leur dévouement pour l’édification d’une communauté queer la plus saine possible. On l’a notamment vu nous divertir sous le nom de Douche La Douche, on l’a entendue lorsqu’elle s’est fait appeler DJ Like The Wolf et on l’a remerciée d’avoir organisé la soirée mensuelle POMPe.

Celle qui détient une maîtrise en histoire de l’art planche actuellement sur l’organisation de l’encan ARTSIDA, événement de l’organisme SIDA Bénévoles Montréal (ACCM). Entre Elles s’est entretenue avec la commissaire de l’exposition qui prendra place au Musée d’art contemporain de Montréal, en avril.

Entre Elles. Comment en es-tu arrivée à t’impliquer autant dans la communauté queer ?

Laura Boo. C’est le résultat d’être travailleuse autonome et sévèrement sous-employée. L’an passé, j’ai vécu avec un revenu sous la barre des 10.000$. Je ne gagne pas beaucoup d’argent, mais je fais les choses qui me rendent heureuse en m’engageant activement pour ma communauté. Bref, je n’organise pas des fêtes pour engranger des dollars, mais parce qu’il n’y avait pas de soirée pour moi. Je me sentais exclue partout où j’allais, à cause de mon apparence ou de mon portefeuille.

Entre Elles. As-tu déjà organisé des événements spécifiquement pour les lesbiennes ?

L.B. Non. Dans ma vie politique, j’ai mis en place des groupes de discussion qui étaient axés sur des perspectives féministes, mais ce n’était pas seulement pour les femmes ni pour les lesbiennes. Je n’ai jamais organisé de soirées pour gais non plus. Ce sont toujours des parties queers.

Entre Elles. Pourquoi avoir fait ce choix ?

L.B. Il y a encore une dizaine d’années, je ne me sentais pas la bienvenue dans la communauté lesbienne. Il y régnait alors un esprit du genre «lesbienne séparatiste » et c’était mal vu de sortir avec des hommes – chose que je faisais. Je devais aussi faire avec l’aliénation du milieu où j’ai grandi – j’ai reçu une éducation très catholique. J’ai donc décidé de partir à Vancouver où je suis restée cinq ans. J’y ai fait ma maîtrise et j’ai commencé à y construire une communauté queer. Ça a été une expérience phénoménale. J’ai organisé des fêtes et je me suis politisée.

Entre Elles. Pourquoi es-tu revenue à Montréal si tu avais créé là-bas ce qui t’avait manqué ici ?

L.B. Mon père est tombé malade, alors je devais revenir. Mais très vite, je me suis impliquée dans la Radical Queer Semaine et Pervers/Cité, qui étaient au plus près de ce que je faisais à l’Ouest. C’est drôle parce que d’une certaine façon, j’ai dû aller à l’autre bout du pays et revenir pour finalement être acceptée dans la communauté montréalaise.

Entre Elles. Qu’est-ce que la communauté queer pour toi ? Aujourd’hui, on entend ce terme utilisé un peu à toutes les sauces…

L.B. Oui… Pour moi, c’est politique. Ça ne concerne pas seulement les personnes avec qui j’ai des rapports sexuels ou même mon identité sexuelle. C’est aussi le fait d’être inclusif, tout en tâchant de se montrer le moins oppressant possible et de lutter contre toutes les choses qui font que les gens ne se sentent pas bien dans leur peau. Emma Goldman [figure anarchiste majeure] a dit « Si je ne peux pas danser, ce n’est pas ma révolution ». Eh bien, pour moi ma révolution queer n’existe pas tant que je ne verrai pas une diversité de tailles, de cultures, etc.  Il m’est pénible de voir le mot queer coopté comme la dernière chose à la mode.

Entre Elles. Parle-nous de ton projet Equeerie. Tu recueilles des fonds pour qu’un jour il y ait un espace entièrement administré par et pour la communauté, une sorte de maison où toutes sortes d’activités pourraient prendre place…

L.B. Ah, une autre de mes grandes idées (rire) ! C’est important de sentir que tu appartiens à un milieu où tu te sens bien, en sécurité. Dans un tel environnement, tu peux réaliser de meilleures et plus grandes choses. C’est comme aller dans un bar où tu n’aimes pas la musique, où tu ne vois personne qui te ressemble. Tu te sens mal à l’aise, même chose quand tu essayes de danser. Pense ensuite à un soir où tu vas à une fête avec tes meilleurs amis et que le DJ passe tes chansons : tu te sens bien et tu pourrais presque danser les yeux fermés.

Le premier scénario ressemble un peu à la manière dont je me sens, tous les jours, dans la société, en ayant des gens qui me regardent, en étant dans le corps que j’ai. C’est difficile parce que ce n’est pas un monde qui est accueillant avec celles et ceux qui ont une taille forte. Je ne suis pas considérée  comme une personne séduisante par la plupart des gens et c’est la réalité, mais j’ai trouvé un joli petit monde où je suis très bien et très appréciée, le second ! (rires)

Entre Elles. C’est ce monde que tu as contribué à bâtir, celui des queers radicaux ?

L.B. Oui, même si je me fais beaucoup taquiner par mes amis qui sont des militants plus sérieux. Je suis essentiellement une planificatrice de partys, tout mon militantisme y est lié. Je suis celle qui dit dans les réunions : «Ah, mais moi je peux organiser le party pour la levée de fonds !» Pour des événements comme la Radical Queer Semaine – qui ne veulent pas d’argent des gouvernements – ces fonds proviennent de la piste de danse. Voilà donc ce qu’il faut faire : continuer à danser. C’est le secret le mieux gardé des gens heureux ! (rires)

Plus d’informations : equeerie.com

 

ORIGINAL ARTICLE AVAILABLE ONLINE IN pdf FORMAT: http://www.guidegaiduquebec.com/magazine/entreelles/entreelles_115.pdf



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